L’essai clinique Coverage vu de l’intérieur par Julie Perrot, externe en pharmacie

Externe en pharmacie, j’ai la chance de participer à l’essai clinique COVERAGE, promu par le CHU de Bordeaux dont l’investigateur principal est le Professeur Denis Malvy, infectiologue et responsable de l’unité des maladies tropicales et du voyageur du CHU de Bordeaux, aussi chercheur de l’équipe IDLIC « Maladies infectieuses dans les pays à ressources limitées » dirigée par le Docteur Xavier ANGLARET au sein du Centre de recherche Bordeaux Population Health (Inserm et Université de Bordeaux).

Essai Clinique Coverage

Coverage, c’est quoi ?

Alors que les essais cliniques ont généralement lieu à l’hôpital, l’essai COVERAGE a l’originalité de se dérouler directement au domicile des patients, il s’agit d’un essai clinique en ambulatoire. Ce sont donc des équipes mobiles, constituées de médecins, infirmiers, internes en médecines qui se déplacent pour inclure les patients testés positifs au COVID-19. Cependant tous les patients testés positifs ne seront pas inclus, en effet, au regard des critères d’inclusion, l’essai concerne les personnes de plus de 60 ans. De plus, elles ne devront pas posséder de critères de non inclusion, telle qu’une hypersensibilité à l’un des médicaments de l’essai.Le but de l’essai COVERAGE serait donc d’évaluer l’efficacité et la sécurtié de plusieurs traitements expérimentaux afin de diminuer le risque d’hospitalisation ou de décès dus au SARS-CoV-2.

 

Les médicaments de COVERAGE

Après randomisation, l’un des 3 médicaments suivants ou un complément alimentaire sera donné au patient pendant 10 jours. Etant un essai adaptatif, un 4 ème médicament, l’hydroxychloroquine qui était initialement proposée a été retirée en vue de son rapport bénéfice/risque réévaluée potentiellement défavorable. 

  • L’Avigan® (Favipiravir) : un antiviral inhibant sélectivement l’ARN polymérase de virus. Il est notamment recommandé comme option alternative pour les patients atteints de COVID-19 qui sont intolérants à d’autres antiviraux dans les recommandations chinoises.

  • L’Imatinib TEVA® : un Abl2 (inhibiteur spécifique de la Tyrosine Kinase d’Abelson) a montré une puissante activité in vitro sur le SARS-CoV et a été identifiés dans une bibliothèque de médicaments potentiellement actifs sur les coronavirus hautement pathogènes. Son activité antivirale s’exerce aux premiers stades de l’infection, après internalisation et trafic endosomique, en inhibant la fusion des virions avec la membrane endosomale. Un traitement court d’imatinib pourrait être efficace et bien toléré chez les patients infectés par le SARS-CoV2.

  • Le Micardis® (Telmisartan) : la porte d’entrée cellulaire du SARS-CoV2 est une enzyme membranaire des cellules épithéliales du tractus respiratoire nommée l’enzyme de conversion de l’angiotensine de type 2. Le Micardis® est un antagoniste spécifique du récepteur de l’angiotensine 2 et permettrait d’avoir un niveau d’expression supérieur de cette enzyme au moment de l’infection par le SARS-CoV2 afin de protéger les patients contre la survenue d’une atteinte pulmonaire sévère. Ainsi, l’instauration d’un traitement par Micardis® chez des patients atteints de COVID-19 à un stade précoce de leur maladie, pourrait prévenir la détérioration ultérieure de leur état respiratoire, tout en étant bien toléré.

  • AZINC® forme et vitalité : est un complément alimentaire contenant un complexe de vitamines et d’oligo-éléments qui constitue lui, le bras contrôle.

L’essai se déroulant en ambulatoire, en tant qu’externes en pharmacie, nous avons notamment pour mission d’aller récupérer les médicaments à la pharmacie à usage interne de l’hôpital Pellegrin et réaliser les poches de médicaments pour que les équipes mobiles partent ensuite chez les patients pour inclusion.

 

La e-santé pour une prise en charge optimisée

L’équipe mobile ne disposant pas de pharmacien, le médecin doit donc dispenser le médicament au patient et réaliser le travail de conseil pharmaceutique afin d’assurer le bon usage et la bonne observance du traitement. Pour gérer au mieux les interactions médicamenteuses, le médecin dispose d’un outil unique en son genreune plateforme conçue spécialement pour l’essai COVERAGE, qui est une aide à la dispensation des médicaments de l’essai.  Elle a été mis au point par Synapse Medicine, une start-up technologique issue du CHU de Bordeaux et de l’INSERM, spécialisée dans le bon usage du médicament.

Cette plateforme permet de vérifier si un médicament pris par le patient dans son quotidien, ou temporairement pourrait interagir avec un des traitement expérimentaux de l’essai et présenter un risque potentiel d’aggraver les symptômes du COVID-19.

L’outil vérifie également les critères d’exclusion à l’essai, c’est à dire la prise de médicaments non compatibles avec l’étude clinique. Un patient pourra donc être exclu en fonction du médicament avec lequel il est traité. Cela permet de protéger la sécurité du participant mais aussi de limiter les biais de l’étude, et donc de ne pas attribuer au médicament expérimental une efficacité qui ne lui serait pas exclusivement due. 

 Pour ce faire, il suffit simplement de rentrer le noms des médicaments de l’ordonnance, ainsi que le nom du médicament expérimental sur la plateforme et la magie des algorithmes opère pour donner au médecin un résultat immédiat. 

Grace à la e-santé, la qualité de la prise en charge médicale et la problématique de mésusage du médicament ont trouvé un partenaire de jeu prometteur.

 

Julie Perrot, externe en Pharmacie 

Si vous voulez en savoir plus sur les initiatives de Synapse Medicine pendant le COVID-19, n’hésitez pas à consulter cet article, ou cet article témoignage sur notre plateforme grand public covid19-medicaments.com.